Le varroa est la première menace sanitaire pour les colonies d’abeilles en France. Toutes les colonies en ont, même celles qui semblent en pleine forme. Sans intervention, une colonie infestée meurt en général en deux ou trois ans, souvent pendant l’hiver. Avec un comptage régulier et un traitement au bon moment, on maintient l’infestation à un niveau que la colonie supporte. Ce guide reprend les repères des fiches techniques du GDS France, que nous suivons dans nos ruchers.
Comprendre le varroa
Varroa destructor est un acarien brun-rouge, de forme ovale, d’environ 1,6 mm de large : on le voit à l’œil nu sur le dos des abeilles. Il vient d’Asie, où il vivait sur l’abeille asiatique, et il a été détecté en France en 1982.
Son cycle
- La femelle varroa entre dans une alvéole de couvain juste avant son operculation, de préférence une alvéole de mâle, dont le développement est plus long.
- Sous l’opercule, elle pond plusieurs œufs et se nourrit de la nymphe, avec ses descendants.
- Ses descendants s’accouplent dans l’alvéole.
- À la naissance de l’abeille, les jeunes femelles fécondées sortent avec elle et s’accrochent aux abeilles adultes : c’est la phase dite phorétique.
- Quelques jours plus tard, elles entrent à leur tour dans une alvéole.
Comme le varroa se reproduit dans le couvain, sa population suit celle du couvain et grimpe très vite au printemps et en été. Elle atteint son maximum à la fin de l’été, au moment où la colonie élève ses abeilles d’hiver.
Ses dégâts
- Il affaiblit les abeilles en se nourrissant de leurs tissus, ce qui raccourcit leur vie, en particulier celle des abeilles d’hiver.
- Il transmet des virus, en particulier le virus des ailes déformées.
- Une colonie trop infestée à la fin de l’été élève des abeilles d’hiver affaiblies, qui meurent avant le printemps. C’est l’une des principales causes de mortalité hivernale. Voir Ma colonie est morte cet hiver : lire la ruche pour comprendre pourquoi.
Compter les varroas
On ne traite pas bien sans mesurer. Comptez au moins trois fois par an : au printemps, en début d’été avant la dernière récolte, et après le traitement de fin d’été pour vérifier son efficacité.
Le test au sucre glace
C’est la méthode que le GDS France décrit dans sa fiche technique n° 6. Elle ne tue pas les abeilles.
- Préparez un bocal d’environ 500 ml, avec un couvercle percé ou grillagé (maille de 2 à 3 mm), et du sucre glace bien sec.
- Choisissez un cadre de couvain ouvert, vérifiez que la reine n’y est pas, et secouez les abeilles dans un bac.
- Prélevez environ 300 abeilles, soit environ 42 g : la fiche indique qu’une abeille pèse en moyenne 0,14 g. Un gobelet doseur repéré à l’avance facilite le geste.
- Versez-les dans le bocal, ajoutez une à deux cuillères à soupe de sucre glace, et roulez doucement le bocal pendant une à deux minutes.
- Laissez reposer quelques minutes à l’ombre, puis secouez le bocal à l’envers au-dessus d’une assiette blanche ou d’un bac d’eau.
- Comptez les varroas tombés. Divisez par 3 pour obtenir le nombre de varroas pour 100 abeilles.
- Relâchez les abeilles devant la ruche : elles se nettoient et rentrent.
Repères de la fiche technique n° 6 du GDS France : moins de 1 à 2 varroas pour 100 abeilles, l’infestation est faible ; de 3 à 5, il faut prévoir un traitement ; au-delà de 5, il y a urgence.
La même fiche rappelle qu’il n’existe pas de consensus sur ces seuils, et qu’il faut échantillonner plusieurs colonies pour avoir une image fiable du rucher, idéalement 8 colonies dans un rucher plus grand. Parlez-en avec votre groupement de défense sanitaire, qui connaît la situation locale.
Le lavage au savon
Le GDS France décrit aussi un comptage par lavage des abeilles dans de l’eau savonneuse. Il est plus précis, mais l’échantillon d’abeilles est perdu. Repères donnés pour cette méthode : moins de 5 varroas pour 100 abeilles, situation correcte ; de 5 à 10, à surveiller et traiter rapidement ; plus de 10, colonie en danger. Les seuils ne sont pas les mêmes que pour le sucre glace : ne mélangez pas les deux méthodes.
Le comptage des chutes naturelles
Placez le tiroir du plancher grillagé, graissé ou recouvert d’une feuille collante, pendant 3 à 7 jours. Comptez les varroas tombés et divisez par le nombre de jours. C’est simple et sans ouvrir la ruche, mais imprécis : les chutes dépendent de la quantité de couvain, de la saison, et même des fourmis qui emportent les varroas. Utilisez-le pour suivre une tendance, pas pour décider seul d’un traitement.
Traiter
En France, seuls les traitements disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour l’abeille sont autorisés. Selon le GDS France, une douzaine de produits disposant d’une AMM existent, autour de six substances actives. La liste change : des produits arrivent, d’autres sont retirés. Pour vérifier qu’un produit est autorisé, consultez la base de données publique de l’Anses, ou demandez à votre GDS.
| Produit, substance | Forme | Durée de traitement | Points d’attention |
|---|---|---|---|
| Apivar (amitraze) | Lanières | 10 à 12 semaines | 2 lanières par ruche, à repositionner près du couvain à mi-traitement |
| Apitraz (amitraze) | Lanières | 6 semaines | Même substance qu’Apivar : ne pas alterner les deux |
| Apistan (tau-fluvalinate) | Lanières | 6 à 8 semaines | Résistances fréquentes : au plus une fois tous les 3 à 4 ans |
| Apilife Var (thymol) | Plaquettes | 4 applications à 7 jours d’intervalle | Efficace seulement entre 15 et 30 °C |
| Acide formique | Plaquettes, gel | Selon la notice | Agit dans le couvain operculé, températures à respecter strictement |
| Acide oxalique | Dégouttement, sublimation, lanières | Selon la notice | Très efficace hors couvain, l’hiver ou après un blocage de ponte |
Ces durées viennent des fiches techniques du GDS France (juin 2019). Suivez toujours la notice du produit que vous achetez : c’est elle qui fait foi.
Méfiez-vous des recettes maison
Vous trouverez en ligne des dizaines de « remèdes naturels » contre le varroa : huiles essentielles, mélanges maison d’acides, fumigations improvisées. Un mélange mal dosé peut tuer la colonie, contaminer le miel ou, pire, vous donner l’illusion d’avoir traité pendant que le varroa prolifère. Seuls les traitements disposant d’une AMM ont été testés pour leur efficacité et leur innocuité, et ce sont les seuls qui sont légaux.
Les règles
- Toujours après la dernière récolte, jamais avec les hausses en place.
- Respecter la dose, la durée et les températures indiquées sur la notice.
- Retirer les lanières à la fin du traitement.
- Traiter toutes les ruches d’un même rucher en même temps, pour éviter les réinfestations entre colonies.
- Alterner les substances, et pas seulement les marques, pour limiter les résistances.
- Noter chaque traitement dans le registre d’élevage : produit, numéro de lot, date de pose et de retrait, ruches concernées. Conservez l’ordonnance ou la facture.
- Porter des gants, et pour l’acide oxalique ou formique, une protection des yeux et des voies respiratoires.
Le calendrier de lutte
| Période | Ce qu’on fait |
|---|---|
| Avril à mai | Premier comptage. Retrait du couvain de mâles si l’infestation est déjà forte |
| Juin à juillet | Comptage avant la dernière récolte |
| Fin juillet à début septembre | Traitement principal, juste après la dernière récolte, avant le 15 septembre |
| Fin du traitement | Retrait des lanières, comptage pour vérifier l’efficacité |
| Décembre | Traitement d’hiver hors couvain si l’infestation reste élevée, sur conseil du GDS |
Le traitement de fin d’été est le plus important : il protège les abeilles d’hiver, nées en août et en septembre.
Les méthodes complémentaires
- Le retrait du couvain de mâles : on insère au printemps un cadre à mâles, que les varroas colonisent en priorité, puis on le retire une fois operculé.
- Le blocage de ponte : la reine est mise en cage pendant environ trois semaines pour obtenir une période sans couvain, puis on traite avec un produit efficace hors couvain. C’est une technique d’apiculteur confirmé.
- La division : un essaim artificiel crée une coupure dans le couvain et permet de traiter la colonie sans couvain. Voir Éviter l'essaimage : comprendre, repérer les signes et agir à temps.
- La sélection de reines au comportement hygiénique, capables de détecter et d’éliminer le couvain infesté. C’est un axe de travail important des éleveurs de l’ANERCEA.
- Les marqueurs de couleur sur les ruches, qui limitent la dérive des abeilles d’une ruche à l’autre, et donc la circulation des varroas.
Questions fréquentes
Mes colonies ont l’air en forme, dois-je quand même traiter ?
Comptez d’abord. Une colonie peut paraître forte en juillet et s’effondrer en novembre. Si le comptage est faible, demandez conseil à votre GDS : il peut être raisonnable de différer, mais pas d’ignorer.
Où acheter un traitement disposant d’une AMM ?
Chez un vétérinaire, un pharmacien, ou par votre GDS et certains groupements, selon le produit. Certains produits demandent une ordonnance. Votre numéro d’apiculteur peut vous être demandé. Voir Déclarer ses ruches : l'obligation annuelle, pas à pas, et les autres règles à connaître.
Peut-on récolter le miel après un traitement ?
Les hausses ne sont reposées qu’une fois le traitement terminé et les lanières retirées, en respectant le délai indiqué sur la notice. C’est pour cela que le traitement principal se fait après la dernière récolte.
Récapitulatif
- Le varroa est dans toutes les colonies, et sa population explose à la fin de l’été.
- Comptez au moins trois fois par an, au sucre glace : moins de 2 pour 100 abeilles, c’est faible ; plus de 5, c’est l’urgence.
- Traitez juste après la dernière récolte, entre fin juillet et début septembre, avec un traitement disposant d’une AMM, en respectant sa notice.
- Alternez les substances, traitez tout le rucher en même temps, notez tout dans le registre.
Retrouvez les autres menaces sanitaires dans notre guide La santé des abeilles : varroa, frelon asiatique et maladies du couvain.
Vérifiez vos sources
Beaucoup d'informations fausses circulent sur les abeilles, en ligne comme au rucher. Les règles et les recommandations évoluent : avant d'agir, recoupez toujours avec une source officielle, votre groupement de défense sanitaire ou un rucher école. Ce guide a été vérifié en octobre 2026.
Sources consultées
- GDS France : fiche technique n° 6, mesurer l'infestation par varroa (sucre glace)
- GDS France : fiche « Objectifs de la gestion du parasitisme » (varroa), 2017-2019
- GDS France : fiche technique Apivar (amitraze), juin 2019
- GDS France : fiche technique Apitraz (amitraze), juin 2019
- GDS France : fiche technique Apistan (tau-fluvalinate), juin 2019
- GDS France : fiche technique Apilife Var (thymol), juin 2019
- GDS France : taux d'infestation par lavage au savon, février 2021
- Anses / data.gouv.fr : base de données publique des produits disposant d'une AMM



