Dessus des cadres d'une ruche
Santé

Ma colonie est morte cet hiver : lire la ruche pour comprendre pourquoi

Famine, varroa, reine défaillante, colonie trop faible, humidité, maladie : comment lire une ruche morte pas à pas, que faire du matériel, et comment éviter que cela se reproduise. Chiffres de l'enquête nationale.

Mis à jour le 24 octobre 2026 · Par Samuel Fedorawiez · 8 min de lecture

Ouvrir une ruche morte au printemps est l’une des expériences les plus décourageantes de l’apiculture. On se sent coupable, on se demande ce qu’on a raté. C’est pourtant arrivé à tous les apiculteurs, nous compris. Et une ruche morte n’est pas qu’une perte : c’est une scène d’enquête, qui vous dit presque toujours ce qui s’est passé, et ce qu’il faut faire autrement la saison prochaine.

Vous n’êtes pas seul

Chaque année, la Plateforme d’épidémiosurveillance en santé animale (ESA) mène l’enquête nationale sur les mortalités hivernales (ENMHA).

Une perte n’est pas un échec personnel. C’est une information. Si vous le pouvez, répondez à cette enquête chaque printemps : elle aide toute la filière à comprendre ce qui se passe.

Avant tout : fermer la ruche

Dès que vous constatez qu’une colonie est morte :

  1. Fermez l’entrée. Les abeilles des autres ruches viendraient piller ses réserves, et pourraient rapporter des spores de maladies chez elles.
  2. Ne nettoyez rien tout de suite : les indices sont dans la ruche telle qu’elle est.
  3. Rapportez la ruche dans un local fermé, à l’abri des abeilles, pour l’examiner au calme.

Lire une ruche morte, pas à pas

Prenez un carnet, une lampe, et procédez dans l’ordre :

  1. Le plancher : combien de cadavres ? Beaucoup, ou presque aucun ? Des varroas morts ? Des traces de diarrhée ?
  2. La grappe : où est-elle, sur combien de cadres, de quelle taille ? Une grappe de la taille d’un poing, ou de deux mains ?
  3. Les réserves : y a-t-il du miel operculé au contact de la grappe ? Ailleurs dans la ruche ?
  4. Le couvain : y a-t-il du couvain, de quel âge, dans quel état ? Des opercules percés ou affaissés ?
  5. Les parois des alvéoles : des petits dépôts blancs dans les alvéoles de couvain ?
  6. L’humidité : des moisissures, de l’eau sur le plancher ou sous le couvre-cadres ?
  7. Vos notes de l’automne : présence de la reine, nombre de cadres couverts, résultats des comptages varroa, réserves.

Puis comparez avec le tableau ci-dessous.

Ce que vous voyez Cause probable
Abeilles tête dans les alvéoles, pas de miel au contact de la grappe Famine
Ruche presque vide, peu de cadavres, réserves abondantes, ailes déformées Varroa
Petite grappe, peu ou pas de couvain à l’automne, couvain de mâles Reine défaillante
Grappe de la taille d’un poing, réserves autour Colonie trop faible
Cadres moisis, eau, abeilles humides Humidité
Diarrhée abondante, couvain anormal, odeur Maladie possible : demandez un avis

Les causes les plus fréquentes

Le varroa

C’est, selon l’enquête nationale comme pour la plupart des techniciens sanitaires, l’une des premières causes de mortalité hivernale.

Ce que vous voyez :

  • une ruche presque vide d’abeilles, avec peu de cadavres, alors que les réserves sont abondantes ;
  • quelques abeilles mortes, parfois aux ailes déformées ;
  • des petits dépôts blancs, les déjections de varroa, sur les parois des alvéoles de couvain ;
  • des varroas morts sur le plancher ;
  • parfois un petit groupe d’abeilles avec la reine, et du couvain abandonné.

Ce qui s’est passé : une infestation trop élevée à la fin de l’été a affaibli les abeilles d’hiver, et les virus transmis par le varroa ont raccourci leur vie. La colonie s’est dépeuplée progressivement, souvent dès l’automne. Les abeilles malades meurent loin de la ruche, d’où le peu de cadavres.

Pour l’éviter : comptez les varroas au moins trois fois par an, faites le traitement principal juste après la dernière récolte, entre fin juillet et début septembre, avec un traitement disposant d’une AMM, et vérifiez son efficacité. Voir Varroa : comprendre, compter et traiter avec les traitements disposant d'une AMM.

La famine

Ce que vous voyez :

  • des abeilles mortes la tête enfoncée dans les alvéoles, en grappe serrée, souvent sur quelques cadres ;
  • aucune réserve de miel au contact de la grappe ;
  • parfois du miel sur d’autres cadres, loin de la grappe.

Ce qui s’est passé : la colonie a épuisé ses réserves, ou n’a pas pu atteindre des réserves éloignées par grand froid : la grappe ne se déplace que lentement, et seulement quand il fait assez doux. C’est fréquent en février et mars, quand la ponte reprend et que la consommation augmente.

Pour l’éviter : faire entrer la colonie en hiver avec 10 à 20 kg de réserves selon la région, la soupeser tous les quinze jours, et poser du candi au-dessus de la grappe en cas de doute. Voir Nourrir ses abeilles : quand, avec quoi et combien (sirop, candi, réserves d'hiver) et Que faire au rucher en février ? Réserves, candi, observation et préparation.

Une reine défaillante

Ce que vous voyez :

  • peu ou pas de couvain à l’automne, d’après vos notes ;
  • du couvain de mâles en relief dans des alvéoles d’ouvrières ;
  • une petite grappe morte, avec des réserves.

Ce qui s’est passé : la colonie est entrée dans l’hiver sans reine, avec une reine vieillissante, ou avec une reine qui ne pondait plus que des mâles. Elle n’a pas pu élever assez d’abeilles d’hiver.

Pour l’éviter : vérifier en septembre la présence d’une reine qui pond régulièrement, renouveler les reines tous les deux ou trois ans, et réunir les colonies orphelines avant l’hiver. Pour remplacer une reine, achetez-la chez un éleveur professionnel identifié. Voir Quand et comment changer sa reine : les signes, la bonne période et la méthode pas à pas et Colonie orpheline : la reconnaître, la confirmer et la sauver.

Une colonie trop faible

Ce que vous voyez : une très petite grappe morte, de la taille d’un poing ou d’une balle de tennis, parfois avec des réserves tout autour.

Ce qui s’est passé : la colonie était trop petite à l’entrée de l’hiver pour produire et garder assez de chaleur. Souvent, c’est un essaim tardif, une division faite trop tard, ou une colonie affaiblie par le frelon ou le varroa.

Pour l’éviter : réunir les colonies faibles à l’automne. Une colonie doit couvrir au moins 5 à 6 cadres de corps Dadant à l’entrée de l’hiver. Deux colonies faibles réunies font une bonne colonie ; deux colonies faibles séparées en font souvent zéro au printemps.

L’humidité

Ce que vous voyez : des cadres moisis, de l’eau sur le plancher ou sous le couvre-cadres, des abeilles mortes humides.

Ce qui s’est passé : la vapeur d’eau produite par la grappe a condensé sur les parois froides et a ruisselé sur les abeilles, qui se sont refroidies. Une ruche supporte le froid, beaucoup moins l’humidité.

Pour l’éviter : emplacement sec et ensoleillé, ruche surélevée et légèrement inclinée vers l’avant, toit étanche, aération suffisante. Voir Où installer sa ruche ? Emplacement, orientation, distances légales et voisinage.

Une maladie

Des traces de diarrhée abondantes sur les cadres et la façade, un couvain aux opercules affaissés ou percés, une odeur désagréable : une maladie est possible, comme la nosémose ou une loque. Certaines maladies, comme la loque américaine, sont des dangers sanitaires réglementés, à déclarer.

Les autres causes

Souvent, plusieurs causes s’additionnent : une colonie infestée par le varroa, affaiblie par le frelon, avec une reine âgée, entre dans l’hiver trop petite, et meurt de faim en février avec du miel à deux cadres. La « cause » est alors la fin d’été.

Que faire du matériel ?

Cause Cadres de réserves Cadres bâtis Ruche
Famine, froid, couvain sain Donnés à d’autres colonies saines Réutilisés Nettoyée
Varroa Réutilisables Réutilisés, remplacez les plus anciens Nettoyée
Maladie suspectée Rien avant l’avis du GDS Rien Grattée et désinfectée selon les consignes

Pendant ce temps, rangez les cadres à l’abri de la fausse teigne et des souris.

Ne pas se décourager

Même les apiculteurs expérimentés perdent des colonies chaque hiver. L’essentiel est de comprendre la cause et de corriger ce qui peut l’être. Notez vos observations dans votre registre, parlez-en dans votre rucher école : à plusieurs, on lit souvent mieux une ruche morte. Puis repartez au printemps avec une division de vos colonies survivantes, ou un essaim acheté chez un professionnel identifié. Voir notre guide Les essaims d'abeilles : acheter, installer, récupérer et prévenir l'essaimage.

Questions fréquentes

Puis-je installer un essaim directement dans la ruche morte ?

Oui, si la cause est écartée et qu’aucune maladie n’est suspectée. Les cadres bâtis sains et quelques cadres de réserves sont un bon départ pour un nouvel essaim. Retirez les cadres les plus noirs.

Ma colonie est morte en octobre, avec des réserves. Pourquoi ?

C’est très souvent le varroa. Une colonie qui se dépeuple à l’automne, sans cadavres et avec des réserves, a généralement été traitée trop tard ou pas assez efficacement.

Combien de pertes, c’est « normal » ?

Il n’y a pas de seuil officiel. Les enquêtes nationales montrent entre un quart et un tiers de pertes ces dernières années. Si vous perdez plus de la moitié de vos colonies, parlez-en à votre GDS : il y a probablement une cause commune à corriger.

Récapitulatif

  • Fermez la ruche morte, examinez-la avant de nettoyer, notez tout.
  • Ruche vide avec réserves : pensez varroa. Tête dans les alvéoles : famine. Petite grappe : reine ou colonie trop faible.
  • Rien n’est réutilisé si une maladie est suspectée : demandez l’avis de votre GDS.
  • La plupart des pertes d’hiver se préparent à la fin de l’été : traitement, réserves, reine, réunion des colonies faibles.

Retrouvez les autres menaces sanitaires dans notre guide La santé des abeilles : varroa, frelon asiatique et maladies du couvain.

Vérifiez vos sources

Beaucoup d'informations fausses circulent sur les abeilles, en ligne comme au rucher. Les règles et les recommandations évoluent : avant d'agir, recoupez toujours avec une source officielle, votre groupement de défense sanitaire ou un rucher école. Ce guide a été vérifié en octobre 2026.

Sources consultées

Portrait de Samuel Fedorawiez

Un mot de l'apiculteur

Samuel Fedorawiez

Apiculteur professionnel dans l'Eure, éleveur d'abeilles Buckfast chez Mes Abeilles

Merci de m'avoir lu jusqu'ici. Ces conseils, je les applique dans mes ruchers, et les abeilles m'apprennent encore quelque chose à chaque saison. Si vous débutez, ne restez pas seul : un rucher école ou un apiculteur près de chez vous vous fera gagner beaucoup de temps.

Faire connaissance →
Dans le même dossier